Chiens

Note 2 étoiles

Spectacle de la Compagnie La Brèche (75), vu au Théâtre des Bouffes du Nord (75018) le 4 février 2026

  • Mise en scène : Lorraine de Sagazan
  • Direction musicale : Romain Louveau
  • Composition et adaptation musicale : Othman Louati
  • Dramaturgie : Julien Vella
  • Scénographie : Anouk Maugein
  • Costumes : Anna Carraud
  • Lumières : Claire Gondrexon
  • Chorégraphie : Anna Chirescu
  • Vidéo : Jérémie Bernaert
  • Avec : Adèle Carlier, Vladislav Galard, Léo-Antonin Lutinier, Michiko Takahashi, Joël Terrin, Manon Xardel et deux interprètes et l’Ensemble Miroirs Étendus?: Guy-Loup Boisneau, Solène Chevalier, Akiko Godefroy, Romain Louveau, Noé Nillini, Marie Salvat
  • Genre : Théâtre contemporain et chant
  • Public : Adultes
  • Durée : 2h

Chiens est le quatrième opus de la metteuse en scène Lorraine de Sagazan, série sur les béances du système social contemporain. Le spectacle revient sur l’affaire …, communément appelée « le procès du porno », qui nous confronte à ce que l’industrie majoritaire du porno détenue par des hommes blancs cisgenres contient de violence et de déshumanisation.

La metteuse en scène choisit un dispositif particulier pour faire advenir, comme dans ses précédents spectacles, un rituel théâtral, une expérience collective et performative. Elle convoque au plateau un chœur hybride d’amateur•ices et de professionnel•les, piétinant une scénographie faite de vêtements incrustés au sol.

Au centre, dominant la scène, un écran froid diffusant le texte des vidéos tournées par Pascal, le propriétaire de ce site, d’une violence sans nom, pour lequel lui et des dizaines d’hommes sont inculpés pour sexisme, racisme, viols, proxénétisme et traite d’êtres humains. Sous cet écran, c’est une liturgie baroque qui se dessine. Le chœur interprète deux cantates de Bach dont les paroles réécrites répondent à l’horreur. C’est donc un mélange entre terreur et sublime qui s’opère. Les voix des victimes résonnent dans des chants d’exutoires, glaçants et grandioses.

Ce que Lorraine de Sagazan questionne, c’est l’érotisation de la domination, la colonisation des corps féminins, qui plus est des corps de femmes racisées, et la fabrication de la violence. Elle s’adresse directement à nous en « hackant » l’écran central, dans une scène où deux comédiens dialoguent : comment se fait-il que les femmes n’aient pas l’imaginaire de cette colonisation, ni de l’organisation de cette violence ?

Elle interroge notre complaisance vis-à-vis de cette industrie mortifère et nous demande, frontalement : qu’allons-nous faire maintenant que nous le savons ? Continuer à consommer les images d’une industrie profondément sexiste et raciste ? Qu’en est-il du système judiciaire qui « protège plus les réputations que les corps » ?

Anne-Charlotte Mesnier

 

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