Ariane ou le chaos de la séduction

Note 2 étoiles

Spectacle de la compagnie AlnaFée (84) , vu le 20 mars 2026 au théâtre Golovine à Avignon (84)  

  • Texte et adaptation: Nathalia Brignoli
  • Mise en scène : Yves Sauton
  • Comédiens: Nathalia Brignoli et Yves Sauton
  • Vidéo : Luc Serard
  • Regard chorégraphie : Rosario La Falce
  • Regard extérieur : Olindo Cavadini
  • Régie : Léo Cavadini
  • Type de public : Tout public à partir de 14 ans
  • Genre : Théâtre
  • Durée : 1h35

De son livre de plus de 200 pages, Le chaos de la séduction moderne, Nathalia Brignoli a tiré une pièce dense,  vivante et résolument critique, où le théâtre devient le miroir de nos dérives sentimentales contemporaines.

Dès l’ouverture, le spectateur est plongé dans une autre époque. Un homme en pantalon vert à pattes d’éléphant et chemise à fleurs, une femme en combinaison et veste à franges dansent. L’esthétique est immédiatement identifiable: celle du mouvement hippie des années 60-70, époque de contestation et de liberté. Très vite, les corps ralentissent, les mots prennent le relais. On évoque la libération sexuelle, l’émancipation des femmes, les promesses d’un monde nouveau…

Mais ces promesses vont se fissurer au fil des tableaux. La femme traverse les décennies : elle brûle son soutien-gorge, revendique ses droits, puis devient, dans les années 80, une “power woman”, ambitieuse, active, cherchant à concilier indépendance et réussite professionnelle. La suite est plus trouble : surgit l’ère du porno chic, du corps exposé, du désir normé.

Et nous voilà propulsés dans notre présent. Un monde où l’amour semble soumis à la vitesse et à la logique marchande : sites de rencontre, speed dating, relations virtuelles. Tout s’accélère, tout se consomme. La pièce interroge frontalement : où est passé l’amour ? Celui, absolu, d’Ariane dans Belle du Seigneur ?

Car Ariane est le fil conducteur, le fil d’Ariane, évidemment, de cette traversée du temps. Elle apparaît, revient, observe. Figure d’un amour idéalisé, elle se confronte au chaos contemporain, comme une conscience venue d’un autre âge.

Sur scène, Nathalia Brignoli impressionne par sa présence teintée d’une belle sensualité. À l’aise avec son corps, elle captive autant par sa gestuelle que par sa parole. L’un des moments les plus marquants reste sans doute cette scène où elle mime une femme transformée par la chirurgie esthétique : un instant à la fois troublant, fascinant et profondément critique.

À ses côtés, Yves Sauton intervient en alternance. Les deux comédiens enchaînent les prises de parole comme des monologues parallèles : un homme et une femme qui, finalement, ne communiquent pas, reflet d’un dialogue devenu impossible.

La mise en scène, sobre et efficace, repose sur trois grands panneaux suspendus, supports de projections : images, vidéos et témoignages viennent enrichir le propos. Trois caissons structurent l’espace, permettant aux comédiens de s’asseoir et d’occuper la scène avec fluidité. Le travail sur les costumes accompagne les époques : changements de veste pour lui ; pour elle, combinaison, pantalon noir et tee-shirt, sans oublier les éclatantes blouses blanches.

Certaines scènes marquent particulièrement. Celle sur la chirurgie esthétique est captivante. Celle sur le calcul de notre “note” sur les sites de rencontre surprend par sa justesse et son ironie. Toutes deux gagnent en interactivité, perdant un peu le coté « conférence » à deux.

Au final, Ariane ou le chaos de la séduction s’impose comme un spectacle satirique percutant, une critique lucide et sans concession de nos relations amoureuses contemporaines. Entre passé idéalisé et présent désenchanté, la pièce bouscule, interroge et laisse le spectateur face à une question essentielle : dans ce chaos, que reste-t-il de l’amour et de la séduction ?

JDM

 

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